La cheminée finie

Ca n’était plus une classe qui était attribuée aux instituteurs mais une matière : certains n’enseignaient que le dessin, d’autres la musique, etc…Elle s’occupait de l’éducation physique, un peu comme à Nancy où elle bénéficiait d’un poste de détaché dans les écoles pour enseigner l’éducation physique ; poste inexistant dans la Drôme et réservé aux sportifs accomplis à Nancy.

Je lui ai fait découvrir Cliousclat, village où Bernard Privat avait sa résidence secondaire. Il était Directeur des éditions Grasset et sa présence attirait une foule de personnalités. Il est maintenant décédé, sa femme Jeannette habite toujours là à proximité de la petite place du village.
Nous nous sommes retrouvés un jour à la table d’hôtes de l’auberge avec Bernard Privat et des invités qui étaient du monde de la littérature, du cinéma, du théâtre, de la télévision. Alors ça, ça surprend beaucoup quand on est jeune et totalement en dehors de ce milieu.
Il y avait tout un climat extrêmement ouvert, actif, plein d’animation et de culture, un monde que nous ne connaissions pas. Le ton était enjoué, parfois emphatique et tellement parisien…C’était très plaisant.
Cette auberge était un lieu privilégié d’animation et de rencontre. Gérée par Mme Boissy, maîtresse tenancière et personnage haut en couleur, l’auberge était installée dans la salle à manger de la maison de famille Boissy, présentait un plat cuisiné, méprisait le concept de carte et affichait complet.

Tout ce contexte nous a décidé d’habiter Cliousclat. Nos avions envie de quitter Valence où déjà nous vivions ensemble mais sans travailler dans la même école. Cela nous permettait de nous installer dans une école de campagne avec un projet pédagogique qui était adapté aux enfants campagnards : la méthode Freynet, avec du travail pratique, la possibilité de bouger en classe…Des méthodes actives qui ne pourraient pas s’installer partout aujourd’hui avec nos enfants !
A cette époque là, l’école de Cliousclat était à peu près autant en ruines que les finances du conseil municipal et le revêtement de la chaussée, pas seulement les locaux mais aussi la fréquentation des élèves. Il y avait très peu d’élèves.
C’est d’abord Simone qui a pris le poste, il n’y avait qu’une seule classe.
Un témoignage important des parents nous avait décidé d’installer ce type de pédagogie : Les parents, dans le temps, avaient déjà eu un enseignement pédagogique sur la base des méthodes Freynet. Ils en avaient été très heureux. Nous avions déjà rencontré quelques parents d’élèves très enthousiastes à l’idée de ce projet. Cela avait l’air de susciter beaucoup d’intérêt, l’arrivée d’instits décidés de s’installer au village.

Simone
Quand je suis venue voir la classe la première fois, il y avait 17 élèves. Le fait d’avoir une institutrice titulaire du poste, après pas mal qui s’étaient succédés, a provoqué 35 inscriptions. 35 élèves en classe unique, cela fait du travail. Je me suis démenée comme un beau diable et, avec l’inspecteur, j’ai réussi à faire ouvrir une deuxième classe pour Noël. Mais les locaux n’avait pas servi depuis je ne sais combien de temps. Ils étaient complètement insalubres. Avec certains parents d’élèves et les artisans du village, nous avons décidé de les remettre en état. La municipalité nous a payé la peinture et avec des parents et des amis, on a décidé de repeindre la classe pendant les vacances de Noël afin de pouvoir ouvrir en janvier. Il n’y avait pas que la peinture. Il a même fallu refaire le tableau.

Gilles
Les tables étaient hors d’usage. Il a fallu repeindre le dessus des tables, les sièges, le tableau était par terre ouvert en deux. On a acheté du contreplaqué, on l’a enduit, poncé, peint, poncé, ré enduit mis une deuxième couche, une troisième pour faire un tableau.
Le préau était entièrement encombré de poutres, de ferraille, plein de détritus. On a pris la voiture et la remorque. On est allé acheter des planches à la scierie. On a fabriqué une barrière

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