Madame Volle
témoignages - Mirmande11-04-2008
Je suis née chez les Poutreaux, mes parents étaient fermiers,
mon père a été tué à la guerre alors que voulez-vous ma mère a fait ce qu’elle pouvait,
elle faisait des ménages, des lessives.
Elle avait une vielle maison à Mirmande et elle y est venue quand j’avais quatre ans.
J’ai commencé à aller à l’école à 5 ans. Maman me disait quand tu auras 5 ans tu iras à l’école,
je l’embêtais quand elle devait travailler : elle ne trouvait pas de nounous,
C’était déjà l’école filles et garçons, il n’y avait pas de cour, rien,
les enfants s’amusaient sur la route.
J’ai connu le père Lestrat, un grand gaillard de deux mètres,
il avait plein de bouquins chez lui, de très beaux bouquins, il était très intelligent,
il mesurait deux mètres et on l’appelait le petit Jean, d’ailleurs le lieu dit « Le petit Jean »
c’était là où il avait sa maison. Il se louait comme journalier,
il partait en Alsace en vélo, il emmenait sa musette et du poisson séché, de la morue ;
quand il avait roulé toute la journée en vélo, comme il connaissait très bien la région,
il allait vers la rivière pour sécher son poisson dans l’eau, il le désalait .



Le Boucher de Mirmande allait livrer sa viande à Cliousclat, sa boucherie était devant chez Margot ;
il livrait à cheval, il livrait toujours du beefsteak, toutes les viandes étaient du beefsteak.
Il y avait une bande ici, Rank le chef, il habitait Mirmande,
c’était des brigands, il a été coincé,
les gendarmes les ont attrapé après une surveillance de toute la journée,
ils ont été jugés à Valence et tous les habitants de Mirmande sont allés au procès.
Moi j’ai travaillé au Foulon, c’était une usine textile naturelle où on faisait des fils de vers à soie,
on tissait pour Lyon, on y allait en vélo, quatre ou cinq kilomètres, l’hiver c’était dur.
Il y avait un orphelinat et les filles travaillaient très dur
c’était géré par les sœurs, elles venaient de Vaugirard, des filles qui venaient de prison;
c’était en 1923-25 ; Il y avait aussi la Coucourdière, une autre usine qui marchait avec de l’eau,
La Teyssone pour le foulon et la Coucourdière pour l’usine qui avait le même nom,
Il fallait chauffer l’eau pour le vers à soie.
Tout est tombé en ruine, des gens les ont achetées et les restaurent.
Les peintres sont venus en 23 je pense, on sortait de l’école
et il y avait alors un peintre qui travaillait dans la rue,
on oubliait de manger on se plantait là, il y avait les Parisiennes qui venaient à cause des peintres,
elles allaient se baigner nues dans la rivière, ça faisait des ragots elles étaient modernes;
Les élèves peintres habitaient chez l’habitant, personne n’avait de salle de bain,
mais tout se louait, il suffisait d’un lit et deux chaises.



il y a eu Nini, elle vivait avec ses bêtes, elle connaissait tout Mirmande.
La mère de Pierre Bert tenait le restaurant, elle a reçu des gens célèbres, Haroun Tazieff,
Cousteau et d’autres, je ne m’en rappelle plus, elle faisait de la très bonne cuisine, il y a eu Jules Goux ,
il a amené Torré Bugatti à Mirmande, comme il était un super mécanicien il a gagné Indianapolis aux Etats-Unis,
c’était le seul Français à gagner ce trophée. Il pesait 45 kilos, et pourtant Bugatti est venu le féliciter à Mirmande.
Dès qu’André Loth (Artiste peintre) est arrivé à Mirmande le village a changé,
rapidement des maisons se sont vendues et ont été restaurées
et le village est devenu village protégé, classé et tout devait être restauré selon des règles d’architecture précises.
Monsieur Marandet n’était pas l’élève d’André Lothe,
il était son ami car il était directeur de dessin à Montparnasse et il est resté ici.
En 1860 on a crée Saulce, voie de communication Nord sud,
car les gros chariots ne rentraient pas dans le village, et de 2200 habitants le village est passé à 500 habitants,
et maintenant c’est surtout des gens qui ont une résidence secondaire.
Pendant la guerre il y avait beaucoup de résistance, le maire a commencé à monter un noyau,
sous un faux nom il envoyait les jeunes au travail pour se cacher dans les fermes, chacun avait un petit jardin mais c’était juste pour survivre, quand le pont de Livron a sauté, les Américains ont stationné un moment avant de poursuivre la route.
On était dans le coin le plus mauvais, à cause de la résistance du Vercors.
C’est le maire Mr Tazieff qui a voulu refaire l’église de St Foy,
c’est Reboulet qui l’a fait, c’était son premier travail, il s’est fait connaître grâce à ça.
C’est Mr Tazieff aussi qui a fait l’éclairage dans le village et au stade, c’était la révolution.
Il y a l’histoire de la chaudière qui avait servi pour chauffer l’eau pour les vers à soie,
quand Mr Tazieff a acheté sa maison elle était dedans,
alors il en a fait don au village et elle a été installée derrière l’église et après discussion on l’a montée la haut vers St Foy comme relique,
elle y est encore, à l’époque ça a fait la joie des enfants qui allaient jouer dedans et les parents les retrouvaient tout noirs,
les gens qui viennent à Mirmande maintenant se demandent ce que c’est que ce truc en fonte.
Le père de Mr Gauthier avait un terrain,
il y avait une petite tour en ruine, pour installer un clapier
il a voulu tout nettoyer et il a alors trouvé un gantelet et des ossements dans les doigts,
c’est là que se trouvait le château, le tout serait à présent à Valence au musée.
Il y a eu des maisons qui servaient de temple, il y avait beaucoup de protestants,
et à Saulce aussi il y a un temple et à Cliousclat aussi. A Cliousclat ils étaient très protestants, plus qu'à Mirmande.
Maman charriait les tuiles que les gens enlevaient des maisons pour ne plus payer d’impôts,
et les maisons s’écroulaient. Il y avait aussi un impôt sur l’ensoleillement, d’où souvent de petites fenêtres.
Les gens travaillaient jusqu’à la nuit, pas de télévision ni de lumière,
l’hiver ils faisaient du bois pour se chauffer, et les femmes tricotaient près de la cheminée,
on s’invitait pour boire le café et manger des gâteaux, et papoter.
Il y avait aussi beaucoup de boutiques de raccommodeurs de chaussures, ils réparaient,
il y en avait au moins cinq dans le village, les gens étaient pauvres et il fallait que les choses durent longtemps.
Presque chaque maison avait son puit, l’eau de pluie était récupérée ,
et même qu’on la buvait et on était même pas malade.
C’est la famille Paillard qui les premiers ont mis chez eux l'eau qui venait des sources de la montagne
et c’est lui qui a dit il faut l’eau à Mirmande et il l’a faite venir, il y a eu aussi une fontaine, c’était extraordinaire.
Tieno Goriou - Ludwik