Marie-Aimée et Sylvain Joffre au moulin à Mirmande.

Sylvain
Marie-Aimée

Sylvain

Alors Sylvain Joffre je suis né en 1914, le 22 décembre, je suis venu à Mirmande en 1930.

Je suis né à Burzet en Ardèche dans la montagne alors en 1930
j'ai émigré avec mes parents dans une ferme pas loin d'ici et puis après il y'a eu le service militaire, la guerre, la captivité.
Et puis je me suis marié au moulin avec Marie Aimée Baratier après la guerre.

Marie-Aimée


Après la guerre, quand il est rentré

Sylvain

En 1946
Mes parents habitaient à Mirmande
Ils ont vendu leur ferme de l'Ardèche pour acheter ici chez Joubert,
pas loin d'ici, chez Yves, près d’ici. J'avais 15 ans.
En arrivant j'ai aidé mes parents quoi. Je gardais les chèvres les moutons.
Et après je suis venu à travailler dans la culture, dans l'agriculture.
Pendant 5 ans puisque j'avais 15 ans et ensuite j'ai fait le service militaire pendant deux ans,
je suis parti en Algérie, à Oran. Après la libération je suis rentré chez mes parents.
Mon père était mort, j'ai repris sa ferme pendant deux ans
et puis il y'a eu la déclaration de guerre en 1939 alors je suis parti à la guerre.


Après quoi les allemands m'ont coincé ils m'ont pris, ils m'ont envoyé en captivité.
En prusse orientale un travaillait toujours, je crois qu'on a eu deux périodes d'arrêt,
à cause de la bourrasque, c'était pas le froid, mais quand il y'avait les bourrasques.
Sinon on travaillait, il y'avait des périodes pénibles et c'était surtout la nourriture pays très chaud (!).
La guerre a duré 7 mois de septembre 39 jusqu'en mai 40 et en mai 40 je suis parti en Prusse orientale.
Et puis là bas ça a duré pendant plus de 5 ans.
J'ai été prisonnier près de (Tannenberg ) en Prusse orientale.
C'était un village célèbre pour la grande victoire de 14.
C'était dans une ferme, une grande ferme et finalement les russes sont venus et nous ont délivré, entre guillemets.

Marie-Aimée

C'était une ferme d'état

Sylvain

Une grande ferme, nous étions une trentaine de français et après
il est venu cinquante russes dans cette ferme alors ça a duré.
C'était difficile à cause du climat surtout on travaillait par moins 33 degrés, j'ai pas gelés les pieds mais presque.
Dans cette ferme, c'était régulier, on qui était très maigre.
Il y'avait des pommes de terre à volonté, on récoltait 2000 tonnes de pommes de terre
dans cette ferme mais les pommes de terre ça suffit pas.
Alors quand même on a eu des colis de la croix rouge ou des parents. tout ça qui soulageait

Finalement à force d'attendre la libération est arrivée. Ce sont les russes qui nous ont libérés,
le 21 janvier 1945 la guerre était pas finie ils nous ont pas envoyé en France,
ils nous ont gardé pendant 6 mois. Evidemment on était plus obligé de travailler mais la nourriture c'était affreux.
Y'avait rien de prévu. On a attendu 6 mois encore la libération.
J'ai appris qu'il y'avait eu un accord le 19 juin avec de gaulle,
ils ont convenu qu'ils faisaient l'échange des captifs pour ainsi dire,
alors un train de russe partait de France et un train de français revenait pour échanger à (Hagdebourg) avec les anglais.
C'était rigolo.
Pas dans une ville, dans un champ comme ça.

.....Nous avons tourné dans différentes régions là bas, en Pologne , en Russie à (Berlichelle).
On est resté là bas, on était pas bousculé mais bon, la nourriture c'était affreux,
on nous donnait des grands poissons secs comme ça ou du millet je crois ou alors du soja en grain c'est immangeable.

On est parti quand même, le 9 juillet je suis arrivé le 1er aout, 23 jours.

Sylvain

Ah Mirmande ça a bien changé depuis

Marie-Aimée

Y'avait beaucoup de ruines dans le village c'était avant le passage de l'hote

Sylvain

Y'avait pas beaucoup d'habitants dans le village, y'avait peut être pas une dizaine de maisons d'habitées là haut.
Petit à petit il y'a eu l'arrivée des peintres

Marie-Aimée

de Lhote

Sylvain

De Lhote qui avait son école de peinture il y'avait beaucoup d'étrangers qui arrivait en été

Marie-Aimée
ici, dans cette maison, en 1921 et mes enfants aussi, ils sont tous nés ici.
Et j'ai toujours habité ici, toujours. Mon père était né ici ma grand- mère.
Mon père avait quelques terrains, il était cultivateur puis il a monté une scierie.

Sylvain

C'était le moulin

et qui achetaient des maisons et qui les ont refait.
Mirmande c'était il y'avait des commerçants, plus que maintenant


Je suis née
Marie-Aimée

Le grand père était meunier

Sylvain

lui aussi en somme

Marie-Aimée

enfin le père oui, mais il a monté une scierie

Sylvain


et il exploitait le moulin, il y'avait un meunier
Marie-Aimée

oui il y'avait un meunier, c'était pas lui qui faisait.
A l'époque de mon grand père ils avaient des ouvriers qui allaient chercher,
on avait des chevaux et ils allaient chercher le grain dans les fermes à Saulce, à Cliousclat ou un peu plus loin.
Et puis après ils retournaient la farine Et ce moulin a marché,
mon père avait arrêté parce qu'il était malade, c'est toi qui l'a repris quand on s'est marié en 1946.
Et ça a marché le moulin jusqu'en 58

Sylvain

et la scierie j'ai arrêté en 81.
C'est à partir de là que vous avez aimé le travail du bois ?
Oui mais vous savez à 15 ans déjà en Ardèche je bricolais mes parents aussi avait cette passion
et là bas chez mes parents j'avais commencé à faire du charronnage, j'étais déjà bien initié.
Alors après j'étais ici à la retraite, pour passer le temps j'ai commencé à restaurer des vieux meubles surtout, j'aimais bien ça.

Marie-Aimée

Tu en as fait aussi quelques uns

Sylvain

Après avec la scierie j'avais monté une petite usine d'emballage, je faisais des cagettes pour les gens de mirmande

Les peintres qui sont arrivés à Mirmande, vous les voyez ?

Sylvain

oui tout l'été ils tournaient par là, ils mettaient leurs chevalet par là.

Marie-Aimée

Ils avaient des contacts avec les habitants, le père de Jocelyne, Duyvendacq, c'était un peintre lui aussi

Sylvain

le père duyvendacq on le voyait souvent par la aussi, Marcelle Rivier aussi et puis tant d'autres dont on se rappelle plus du nom

Marie-Aimée

Loevenstein c'était un juif qui était caché ici, oui il y'en avait des juifs qui étaient cachés

Sylvain

A mirmande il y'a eu monsieur Caillet qui a animé la culture des pêchers, des fruitiers.
Alors petit à petit tout le monde s'y est mis à la culture des pechers. ça a créer une amélioration dans la culture

12'
Marie-Aimée

Il y'avait trois épiceries au village. Deux au village et une ici à la colline, chez monsieur Gentiale.
Et puis madame Rouveyre. Madame Rouveyre c'était la propriétaire, après il y'a madame Bon qui a pris
après. Et il y'avait madame Chastang.C'était une grand mère. Et puis y'avait le boulanger.
Y'avait toujours le boulanger, et puis une mercière, y'avait un forgeron (perol), et les bistrots,
combien il y'en avait ? Des bistrots y'en avait chez Bert,( chez Rouveyre), et Deschauds et puis ici, ça faisait trois.
Ici chez Gentiale.
Deux bouchers, monsieur Urbillac et monsieur Deschauds. Mademoiselle ?
qui faisait les chapeaux, la modiste, et puis elle vendait aussi des tissus.
C'était pas mal, y'avait un forgeron mais il est pas resté longtemps.


Sylvain

Et puis y'avait deux menuisiers, Paul Besson, Pierre Bert. -
Ils arrivaient à survivre malgré le peu d'habitants qu'il y'avait?- Beh oui voyez.

Il fallait bien faire pour les environs, toute la campagne ...

Marie-Aimée

On n’avait pas les supermarchés. Et puis les bouchers, autant l'un que l'autre ils allaient à Cliousclat.

J'ai vu mademoiselle Deschauds qui allait à la campagne
avec son petit cheval et monsieur Urbillac il y'allait en voiture lui.
Et monsieur Deschaud il allait à Saulce avec sa voiture, à la gare, il faisait le taxi aussi.
Oui, c'était pas mal, il portait le courrier. Y'avait la gare à Saulce.
Je l'ai pris souvent là pour aller chez mes grands parents en Lorraine. Maintenant y'a plus rien. C'était pas mal.

Sylvain

On pouvait vivre quoi.

-La vie d'un jeune homme de 15 ans quand vous êtes arriver ici ?-

Marie-Aimée

Il prenaient leurs vélos

Sylvain

Oh je l'ai pas eu à seize ans, il a fallu attendre que je puisse travailler pour gagner le vélo ...

Ma foi la vie ... Alors le dimanche on tournait par là, ou on allait dans les vogues.

Marie-Aimée

Vous étiez allés à Burzet avec Joubert... tout ça.

Sylvain

Y'avait un copain qui fêtait son départ au régiment, il nous a invité, on était chez lui jusqu'à trois heures du matin.
Après il dit mais c'est pas le tout, j'avais toujours voulu voir ton village et maintenant je vais partir -limité- faut y'aller.
Alors bon ben àa y va, on va se changer un peu et puis on part à Burzet, c'était six heures du matin, on avait pas dormi.

Marie-Aimée

80 kilomètres

Sylvain

A vélo. C'était le mois de février par là.

Marie-Aimée

Fallait monter l'escrinet !

Sylvain

Allez, nous sommes arrivés à Burzet à midi, je connaissais un peu les restaurants,
alors on va manger des truites, je suis allé voir une tante qui nous a payé le café
et puis on a pris le retour vers deux heures de l'après midi puis on est arrivé à Loriol c'était la fête des bouviers ;
on a fait un petit tour mais on est vite rentré. 160 kilomètres comme ça avec nos vieux vélos.
-vous aviez pas de vitesses- ça existait peut être mais on en avait pas.

-et vous veniez sauter le feu de la st jean au pont ?

Sylvain

- ah oui, après on a créé ça


Marie-Aimée

oh mais c'était bien après ... c'était plus tard ça. C'est quand on a été marié le feu de la st jean.

C'était agréable ça c'était bien. On le faisait là au bout de l'allée.
Y'avait pas de la musique, y'avait monsieur Combe et monsieur Lebrat ils venaient avec leur petite bombonne de vin blanc.

Sylvain

Y'avait beaucoup de jeunes gens qui étaient là pour la cueillette des fruits qui venaient aussi, ils chantaient.
Chacun amenait son litre de vin blanc, les femmes apportaient des paquets de gateaux.

-Comment vous vous êtes rencontrés ? -

Marie-Aimée

On se connaissait

Sylvain

On se connaissait de vue quoi.

Marie-Aimée

C'est lui qui a eu l'idée de venir moi j'en ai pas eu l'idée.

Sylvain

Finalement je suis arrivé au retour de captivité, il y'avait ma mère dans la ferme,
mes sœurs étaient parties, elles étaient mariées et mon frère était à l'école encore,
ah non il n'y était plus, il était au séminaire mon frère.
Mais enfin j'étais donc seul à la ferme et je m'ennuyais, je me suis dit : ça ne peut pas durer !

Marie-Aimée

Ben oui, on s'est trouvé comme ça.
La première fois que je t'ai parler après ta captivité, je revenais de la mairie, parce que je travaillais à la mairie,
au secrétariat de mairie et je rentrais le soir, toujours assez tard mais bon,
je n'ai jamais eu d'éclairage à mon vélo. Et puis il s'était arrêter là, il m'avait fait deux trois discours
et puis ça c'est fait comme ça, voilà.
Il était beau garçon a cette époque là, il perdait pas ses cheveux il était pas mal.

Sylvain

On faisait une réunion des anciens prisonniers de Mirmande alors c'était le but de la sortie.

-L'ambiance après la guerre ?

Marie-Aimée

La guerre on était heureux que ça soit fini mais bon on avait pas été ici, on a pas été occupé, c'est juste un peu la fin, la débâcle.

Sylvain

Non il y'a pas eu de dégats. Je suis pas bien au courant pour la résistance parce que c'était déjà fini

Marie-Aimée

Tu es resté longtemps sans nouvelles que les lettres n’arrivaient pas là bas ! 20'20

Sylvain

Ah moi je suis resté un an sans nouvelles. La guerre a fini ici en 44 mais à ce moment là c'était en mai juin juillet,
y'a plus eu de communication avec les prisonniers en allemagne alors ma foi on attendait là bas.
Puis finalement quand les russes sont venus qu'ils nous ont délivré, on était dans un car près de Varsovie.
Parmi nous il y'avait un groupe de 1000 personnes et puis il se trouvait un officier.
C'était un docteur qui se était dans une compagnie; alors il se dit mais attend,
je vais essayer d'aller à Varsovie dans une ambassade.
Il a réussit alors l'ambassadeur lui dit :
que vos camarades face un tout petit bout, 4 lignes et puis on fait voyager ça incognito avec la valise diplomatique.
Et ça a marché, donc mes parents on eu la nouvelle de ma libération au mois d'avril,
mais moi j'avais rien en retour, je savais pas si c'était passé. Alors voyez on a réussi.
Et puis après ils nous ont envoyé là bas mais ils nous libéraient pas ... enfin c'était la guerre.

-Et ici, comment ça se passait pendant ce temps, des restrictions ?-

Marie-Aimée

Non, on était à la campagne ici alors on peut pas dire.

On a eu les américains là y'en avait tout un groupe, ils sont venus avec leurs chars là, de chaque coté.
Et il y'avait un camion là en face, de l'autre coté de la route et qui a été bombardé par les américains,
mais c'était un américain, ils ont cru que c'était un allemand alors ils ont bombardé mais c'était un américain.
Tous les soldats qui étaient là se sont couchés et nous on est allé à la cave.
Et justement; et dans notre chambre sur le lit il y'avait un éclat d'obus, sur la taie d'oreiller,
la fenêtre était ouverte et les volets comme ça comme aujourd'hui et on a eu un trou dans les volets ; on l' a gardé longtemps ce volet.

Y'en a un qui se rendait au foulon et il est mort Andriau

Sylvain

Un jeune homme qui venait voir une fille au foulon, il se trouvait juste en face quand l'avion a mitraillé et bien il a été tué là.

En face le pont là bas.

Le foulon c'était l'usine, le moulinage juste un peu plus loin.

Marie-Aimée

oui ça marchait encore à ce moment là

Sylvain

C'était Mirmoz

Marie-Aimée

Je n'ai jamais travaillé là moi, c'est Suzanne qui y a travaillé.
Moi j'ai connu le foulon quand j'étais jeune avec une trentaine d'orphelines
et il y'avait deux religieuses qui les entouraient, je ne sais pas si elles ne faisaient pas un peu d'école.
C'était des filles qui travaillaient là.

Sylvain

Elles étaient nourries logées, habillées et je sais pas si elles étaient bien payées...

Marie-Aimée

Les gens faisaient des vers à soies dans le pays, moi j'en faisais ici aussi.
Ma soeur en a encore fait les premières années qu’ elle était mariée.
Elle s'est mariée en 42 et elle a fait quelques années après des vers à soies pour çà faisait quatre sous.

Sylvain

Même chez mes parents en 1932 par là, on faisait un petit élevage.

Marie-Aimée

Et Marie -Françoise s'en rappelle un peu, on a du en faire encore pas mal, elle se rappelle encore comment s'était.

Sylvain

Chez la tante.

Marie-Aimée

Elle doit confondre, ce n’est pas chez nous.

-Vous vous êtes mariés à l'église de Mirmande ?-

Marie-Aimée

A la mairie et à l'église. Je crois qu'on a été les derniers à se marier ou est la mairie maintenant,
après c'était en bas, mais nous on s'est marié en haut. Tu t'en rappelles quand même ?

Sylvain

Là ou il y'a la salle des fêtes.

Marie-Aimée

C'était marrant parce qu'on allait à pied à ce moment là, alors y'a toute la noce le long de la route,
au mois de juillet il faisait bien chaud. Puis après on allait boire dans les cafés,
les bistrots et puis encore là chez Gentiale et puis on faisait le mariage ici.

Sylvain

On a fait les trois cafés je crois.

Marie-Aimée

Oui c'était bien.

L'année avant il y'avait eu le mariage de Suzanne, la même année le mariage de Madeleine au mois de juin.
Trois filles du moulin qui se sont mariées dans l'affaire d'un an.

-Suzanne Brun était la cousine de Marie-Aimée- et la grand-mère de Jérémy.
Cette maison on était parents, mon arrièere grand père et l'arrière grand père de Suzanne étaient deux frères.
C'était à l'origine une petite maison, les deux belles sœurs habitaient presque ensemble et après chacun a agrandit de son coté.

Sylvain

Le couloir existe toujours depuis.(entre les deux habitations)

Marie-Aimée

On ne se dispute pas. Ça a toujours bien marché

Sylvain

Ici la maison a été agrandit en 1853 et là bas ça doit être la même date.

Marie-Aimée

Nous s'est marqué sur la fenêtre.

Sylvain

Moi j'ai lu des actes, sur l'acte de partage. C'était Million, les frère Million de c'temps là.
Auguste et Victor Million. Il y'en a un qui était né en 1828, l'autre en 1830

Marie-Aimée

Tout ça s'est vieux.

-Le frère de Sylvain qui était au séminaire a été curé de Mirmande-

Sylvain

Il a été professeur jusqu'a la retraite, il était professeur à l'institution Notre Dame (à Valence ou travaille Cathy et Annick)

Marie-Aimée

et il a été à Romans aussi

Il était professeur de grec et de latin et à la retraite il a été curé.

Sylvain

Il avait aménagé un petit logement à la cure.

Marie-Aimée

Il a remplacé le père (Quintrant)

Sylvain

et puis puis après il n'y a pas eu de curé. Il est mort en 1995.

Marie-Aimée

Mirmande était plutôt catholique, c'est Cliousclat qui était protestant plus que catholique.
Mais enfin on a quand même notre cimetierre, le vieux,
et bien il y'en a un autre petit à côté et bien c'est le cimetierre des protestants. C'est séparé.

Sylvain

On le disait comme ça, la séparation a eu lieu bien avant mais maintenant il y'a des catholiques enterrés là.

Marie-Aimée

Oui mais Cliousclat était plus protestant.

Il y'avait un temple à Mirmande mais un tout petit, là ou est madame Ibarra,
à côté entre là ou elle est et la maison qu'elle avait rachetée après avec les escaliers mais c'était petit.
Fernand Jeune s'y est marié mais c'était pas si grand peut être que la cuisine.
Mais enfin le pasteur est resté longtemps ici là monsieur Morin.
Il habitait la grande maison qui est en vente en face chez Jeune;
la grosse maison blanche. Le pasteur restait là.Monsieur Morin est resté longtemps.

-aviez vous des contacts avec les gens de cliousclat ?-

Marie-Aimée

Pas trop

Sylvain

Ta couturière était à Cliousclat !

Marie-Aimée

Oui même celui qui m'a coupé les cheveux quand j'avais 15 ans là,
j'avais encore ma tresse. Mais enfin pas trop non, on allait plutôt à Saulce .

Sylvain

Saulce et Mirmande était réuni, Saulce n'existait pas encore.

Marie-Aimée

Mais Cliousclat, moi à part la fille du coiffeur je n'en connaissais point.

Sylvain

Moi j'allais chez le coiffeur aussi à Cliousclat à la fontaine.

Marie-Aimée

A Mirmande il y'avait un coiffeur, pour hommes, Monsieur Simian.

Sylvain

Il avait une patte de lapin pour faire la barbe.
C'était le grand père Rigaud qui disait ça : pour ajuster la barbe il avait un fil à plomb.

Marie-Aimée

Il était bien coupé le grand père, il était rigolo.

Il y'a eu monsieur Simian et puis madame ... en haut, pour les hommes,
elle rasait et elle coupait les cheveux, mais pour les femmes y'en a jamais eu.

Sylvain

Il allait à Cliousclat aussi le papa Mi (grand père Rigaud); il se rasait pas.

-Qui est ce papa mi ?-

Sylvain

C'était l'arrière grand père de Jérémy.
Il allait à Cliousclat et il trouvait une voisine et il lui disait bonjour Germaine, elle était un peu...

Marie-Aimée

C'était l'arrière grand père de Marie Agnès

32'30

Sylvain

C'est des histoires comme ça qu'on a entendu dire.
Justement il allait chez mon coiffeur... ah non c'est pas le même c'était (bien avant ça)

Marie-Aimée

Il y'avait quand même pas mal de petits artisans

Sylvain

Je faisais les fagots, à la campagne on exploitait les bois. Les fagots je les portais à la poterie.
A la boulangerie aussi, à Mirmande. Pour monter là avec ma charrette dans les rues,
ça coinçait, on fermait le volet pour rentrer dans la boulangerie de Michel.
On les rentrait au (bras des lucarnes) là ces fagots. On l'a fait assez longtemps, on gagnait son pain comme ça.

Marie-Aimée

ça a changé tout ça

Sylvain

A part ça les gens du village de cliousclat je les cotoyais bien, je les connaissais.
D'abord moi à ce moment là y'avait plus d'animosités, les jeunes de Cliousclat, deux ou trois jeunes de mon age on se fréquentait.

Marie-Aimée

Oh oui mais c'était pas la guerre quand même !

Je sais pas si il y'en a pas eu avant des rivalités mais nous ...

-C'est comme l'ardèche et la drome c'est ancestral-

Marie-Aimée

ah oui parce quand on parlait d'un bedau ici dans la drôme, on parlait d'un ardéchois on disait un bedau, c'était pas très ...

-vous parliez le patois en Ardèche ?-

Sylvain

Hola oui

Marie-Aimée

Tu sais pas le parler toi

Sylvain

Tout le monde parlait patois

Marie-Aimée

Toi tu sais pas le parler !

Sylvain

Oh si je le parlais quand j'avais 15 ans mais après ça c'est perdu petit à petit.

Marie-Aimée

Moi je l'ai jamais parlé, je le comprenais mais ici on ne le parlait pas.
Y'avait un patois ici aussi, mais qui était mieux que le leur ...( rires)
Notre patois à nous il était mieux que le tien.

Sylvain

Ah non nous en Ardèche il était plus évolué ...

Marie-Aimée

Oh POPOPO

Sylvain

Mon frêre avait fait des études de latin et grec et il me disait : vois il y'a des mots qui ne sont pas changés.
C'est toujours l'origine latine ou grecque.

-Votre passion le bois-

Sylvain

J'aimais, faire sortir quelque chose d'un bout de bois. Travailler, raboter, on polissait.

Marie-Aimée

Et puis ici en plus tu as tout trouvé parceque mon père faisait beaucoup de choses aussi

Sylvain

Ton père il avait déjà pas mal de choses, il y'avait beaucoup d'outil ici pour les travaux, d'anciens outils manuels.
Alors ma passion vous savez, comme ici j'avais la scierie.
D'habitude, on faisait quand même un peu de bois de menuiserie alors j'aimais bien voir sortir dans une buche,
sortir, voir le planche, la veine du bois, regarder.

Marie-Aimée

Tant que tu as été en activité, tu as pas fait beaucoup de menuiserie mais c'est après que tu as fait quand même.

Sylvain

J'avais commencé à faire un petit lit pour Marie-Françoise; avec ma varlope, mes rabots mes ciseaux tout ça

Marie-Aimée

Et puis les lits des enfants pour les poupées.
Mon père l'avait fait pour nous après il a pris le modèle dessus pour ses filles.
Et puis après j'avais fait ces meubles là, et des bibliothèques.

Sylvain

Des armoires, des lits, des chevets, beaucoup de choses.

J'ai surtout restauré des pieds d'armoires de commodes.

Marie-Aimée

C'est dommage qu'on ait pas photographier chaque machin.

Pour monsieur Marandet)

Sylvain

Il m'amenait des choses incroyables.

Il aimait bien toutes ces vieilles choses qu'il y'avait dans cette maison, des petites niches, il fallait restaurer ça.
Je me rappelle plus bien, j'avais réparer un vieux vélo, des roues en fer, c'était comment on appelait ça.

Alors j'allais restaurer, mais j'étais pas encore en retraite, dans sa vieille maison au village.
Il y'a une vieille porte qui avait survécu depuis 200 ans peut être, elle est resté pendant 50 ans aux intempéries.
Alors cette porte il voulait la conserver.

Marie-Aimée

Elle était belle

Sylvain

Une porte cochère qui faisait plus de 2 m de haut, 1 m de large,
il y'avait des gros clous avec une grosse tête de 3 cm bombée et puis aussi y'avait un croisillon en haut en bas et des petits cadres.
Et dans ces cadres bien sur des moulures qui entouraient.

Marie-Aimée

Elle était belle cette porte ! On l'a jamais vu parce qu'il y'a une autre porte devant qui cache et il ouvre jamais la porte.

Sylvain

Avant que la porte soit restaurer, quand il m'a apporter ça,
y'avait moitié d'un montant d'un côté puis l'autre côté y'avait pas grand chose.
Tous ces éléments y'en a vbien qui étaient déjà user par l'intempérie puisqu'elle est restée au moins 50 ans comme ça,
sous le mur, dans l'embrasure mais elle était aux intempéries .
Alors il a fallu en remplacer des moulures, et pour tenir celle qui existait parce qu'il voulait garder l'ancienne moulure,
par derrière j'avais mis une plaque de contreplaqué.
Alors pour repérer l'endroit dès qu'il était solide pour pouvoir la fixer, j'avais fait un gabarit,
je repérais l'endroit et là par derrière je pouvais marquer l'emplacement ou je pouvais visser.
C'était des carrés comme ça avec la grosse moulure et puis assemblés en (queue d'arronde)
et puis un petit panneau au milieu et c'était donc tout en vieux noyer.
J'avais réussi à trouver un (bout d'arbre) de deux mètres passé avec une vieille poutre qu'on m'avait apporter pour scier qui était plein de clous,
j'avais quand même réussi à tirer un montant de noyer de 10 12 cm de large
et puis de l'autre côté j'avais réussi à le greffer alors les traverses, il m(avait fournit du bois,
il avait récupérer à Loriol des vieilles devantures de magasin. C'était aussi du vieux noyer,
c'était pas très large mais j'avais assembler les trois traverses.
Non deux parce que celle du milieu il fallait la conserver elle était bien usée par les intempéries
mais il y'avait une marque dessus et il fallait absolument la conserver.

On pourrait la voir si il ouvrait son volet.
Et puis alors ces 3 grosses barres larges qui étaient rouillées il a fallu les doublées parce que sinon elle aurait peut être pas tenu.
Et puis refaire ... pas la serrure, c'est ce qui l'embétait parce qu'il a pas pu trouver une serrure qui ferme à gauche.
Ces vieilles serrures là . Alors les barres traversaient en plein et il y'avait un loquet qui s'enclenchait dans l'embrasure, dans le cadre .


-Si c'était à refaire ? vous l'épouseriez encore ? -

Marie-Aimée

Oui parce qu'il est pas embetant ! Il est pas contrariant, vous pouvez vous faire teindre les cheveux,
il le verra pas, vous pouvez faire n'importe quoi. Mais il fait pas les compliments :
vous avez une robe neuve il te dira pas ça te va bien mais enfin ... Maintenant je sais pas si lui ça serait pareil !

Sylvain

Oh moi je dis : ah tu veux comme ça ? ok laisse courrir

Marie-Aimée

Et toi tu referais ce que tu as fait ?

Sylvain

Oh moi oui

Marie-Aimée

Tu te plains pas ?
Je lui fais dire !
Il est vraiment pas contrariant.

............

On a beaucoup parlé de nous, c'est pas tellement hein ....

Sylvain

Y'a pas de quoi écrire un livre

Marie-Aimée

C'est vrai que à l'époque on allait pas à l'école en voiture.

J'étais à l'école à Mirmande à partir de 5 ans, c'était mixte, monsieur et madame astoux,
qui sont partis en 30 et monsieur Blanc est arrivé en 31.
Y'a eu une année jusqu'à 80 élèves dans deux classes. 80 élèves de Mirmande.
Là on y était bien une cinquantaine dans les deux classes là. On allait jusqu'au certificat d'études.
Le soir on trainait sur les routes et j'ai appris a aller en vélo par une qui habitait Rouveyre
qui venait à l'école à Mirmande en vélo et comme elle était pas pressée de rentrer on essayait ;
je suis arrivée un jour il faisiat froid on avait des bas en laine et j'avais un trou comme ça au bas au genou :
comment tu as fait ça ? Je suis tombée !
J'avais pris une buche en montant à vélo ! C'est comme ça que j'ai appris. On était pas pressé !

Sylvain

Moi j'habitais là en face, je voyais défiler ça !

Marie-Aimée

Ah pour remonter on était nombreux oui !

Sylvain

Olala ça discutait. Des soirs ça chamaillait !

Marie-Aimée

Le certificat je l'ai passé en ... mon père était pas mort.
Ah si, il est mort en avril et je l'ai passé l'année avant que monsieur Blanc a dit je la garde encore une année.
On l'a passé en 33 donc j'avais 12 ans; je l'ai eu avec la mention bien, je te signale... Suzanne aussi.

Sylvain

Alors que moi vous savez l'école fallait voir ça c'était l'école de hameau.
Cette école, c'est mon père en revenant de la guerre de 14 il a poussé la municipalité
pour qu'on crée une école de hameau ou on était et tout le monde n'était pas partisan.
Mais il y est arrivé. Alors on était plus d'une trentaine et moi alors j'ai commencé 'école là en 1921 j'avais 7 ans.
J'avais fait un peu l'école à Burzet mais pas beaucoup et alors on a suivi.

Marie-Aimée

Il fallait qu'il ait une bonne tête !

Sylvain

C'était pas suivi l'école, on était une petite équipe et quand on a eu une dizaine d'années,
y'avait beaucup de foires à Burzet, on aimait bien ça aller par là voir,
y'avais des attractions alors on disait en récréation pof on partait et on allait à la foire.

Marie-Aimée

Ils faisaient trois km pour aller à la foire... mais il a eu son certificat d'études quand même.

Sylvain

On avait quat sous, on allait acheter un bout de pain,
on allait à l'épicerie acheter une demi tablette de chocolat et on tournillait par là.
Y'avais des gens qui faisaient des démonstrations vous savez.

Marie-Aimée

Et la maitresse vous disait rien ?

Sylvain

Oh non non, elle avait marqué présent et puis c'était bon.
On manquait des cours.

Marie-Aimée

Beh nous on manquait pas les cours !

Sylvain

j'ai eu le certificat d'études à 14 ans. C'est à dire j'aurais du le passer à 13 ans, nous étions Quatre,
on marchait ensemble, on marchait pas mal mais j'ai été malade, j'ai eu la scarlatine alors j'étais malade et j'ai pas pu le présenter.

Marie-Aimée

Mais ici il y'avait quelques fortes têtes et bien si les instituteurs étaient allés en prison chaque fois il y'en aurait eu.

Sylvain

Ceux qui voulaient pas se soumettre ils allaient dans le couloir là bas et puis il parait que les filles entendaient que ça bousculait.
Alors que nous ça n'existait pas.

Marie-Aimée

Après mon certificat d'études je n'ai rien fait parce que mon père est mort, j'étais jeune,
j'aurais voulu être institutrice ça a toujours été mon rêve.
Alors je suis restée ici, les jours d'été on allait faire chez monsieur Caillet les fruits
et puis après je suis allée un peu à la mairie et puis voilà.
Mais je voulais être institutrice, je faisais l'école tout le temps là sur les murs
y'avait des murs plats j'écrivais toujours des machins, j'avais des cahiers ;
j'écrivais. Je mettais des notes, je mettais puni, je parlais toute seule je faisais toujours l'école.

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L'épopée de Sylvain 50'30

Déménagement de Burzet à Mirmande

Sylvain

Nous sommes partis de là haut le 15 janvier 1929, on embarquait tout dans un vieux camion Berliez.
Dans ce camion il y'avait tout le mobilier mais y'avait un peu de bétail,
y'avait 8 ou 10 chèvres, une brebis, un cochon, des poules, des chats et puis un chien.
Alors voilà, ils sont partis avec ce vieux camion, je sais que le chauffeur avant de démarrer avec une pompe
il injectait un peu d'essence et puis il tournait la manivelle et ça partait mais chaque arrêt il fallait recommencer.
Alors on est parti vers 8 heures du matin là haut de Burzet, il faisait froid...
enfin pas trop quand même. A midi on a monté l'Escrinet, on s'est arrêté à l'auberge,
comment c'est c't'auberge à mi côte ? elle existe toujours.
Le moulin Artiges. Alors on a mangé là et puis on s'est embarqué tous.
Alors dans ce camion y'avait donc mes parents, un oncle et mes frères et soeurs et un voisin
encore qui profitait de l'occasion pour venir chercher une jardinière et monter ça là haut.
Alors nous étions je crois 8, alors moi j'étais coincé sur le garde boue avant avec mon pardessus
et j'essuyais comme ça et alors on montait l'Escrinet et à la descente de l'escrinte ce camion c'était un bandage,
c'était pas des pneux gonflés, c'était des pneux pleins, double bandage.
Un bandage qui s'est décollé alors il était là à surveiller le bandage, et bien ça roule toujours et aller.
Arriver au pont, au Pouzin devant le pont, on peut pas passer, le camion est trop lourd pour le pont.
Bon ben alors on tire sur la voulte, à la Voulte il trouve un mécano.
Il a enlevé la roue, il a réussi à réparer ce bandage et puis en avant nous voilà partis traverser le pont.
Arriver à la commune de Livron, là il y'a un pont sur la voie et le camion passait pas y'avait les meubles,
les pieds de tables qui dépassaient alors il a fallu faire demi tour, on s'est renseigné :
il faut passer là haut aux petits robins et il y'a un passage à niveaux.
Alors il a voulu tourner dans une luzerne juste près du pont, le camion s'est planté là.
Alors pendant deux heures il a bricoler, y'avait les poseurs là haut qui travaillaient sur la voie
qui sont venus avec un cric, des planches, ça a pas voulu marcher.
Il y'a un autre camion qui a passé alors avec une chaine il a réussi à le tirer de sa luzerne et en avant.

Mais c'est que le temps a passer finalement.
Arrivés à Loriol s'était déjà 5 heures du soir, on s'est dit :
mais c'est pas tout, on va arriver à Mirmande qu'est ce qu'on va faire on aura rien ?
Alors on s'est arrêté à un restaurant on a mangé un bout et quand on a eu mangé on est arrivé à Mirmande.
Alors on a déménagé ce camion, tout déballé dans le champ et à 10 heures du soir
le camion est reparti sur Burzet avec le voisin qui voulait récupérer la jardinière.
La jardinière s'était une petite voiture légère pour promener à cheval.
Et puis on avait encore pris un ami à Loriol; alors 10 personnes ! Ca fait 80 km.

Marie-Aimée

Et puis pas plat !

Sylvain

Alors monter l'Escrinet la route était pas goudronnée, c'est bien ce qui a fait que le bandage s'est décollé à ce camion.
C'était le 15 décembre. On avait charger la veille dans ce hameau dans une petite route les meubles le bétail dans le camion pr^t à partir le matin .

Marie-Aimée

Ca devait être propre la dedans !

Sylvain

Les bêtes ont couché sur leur place dans le camion dans leur cage. On peut comparer ça à l'épopée du far west.
A 15 ans c'était l'aventure, j'ai fait tout le voyage coincé derrière le garde boue
de ce camion parce que y'avait pas de place ailleurs alors je regardais le paysage.

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