Je suis centenaire, on m'invite beaucoup depuis que je suis centenaire.
Il y avait un concours de cartes pour les anciens, entre Loriol, La Coucourde, Saulce
mais je n'aime pas les cartes, j'aime la musique, le chant, la lecture, l'histoire, les livres sérieux,
le soir, la télévision quand il y a des programmes intéressants, j'aime bien la cinq.
Je suis Bordelaise, il y a du bon vin là bas, l'origine de ma famille n'est pas de Bordeaux,
le plus ancien que l'on connaisse était un Flamand,
il est venu dans le Médoc pour travailler à ce qu'on appelle le Podlère de Hollande du Médoc,
c'était un Cardjyn c'était l'an 70, on parle toujours des grand-pères
il était comme-ci, il était comme cela et des grand-mères jamais,
alors je voulais absolument savoir le nom des ancêtres femmes et j'ai trouvé.
Le père de ma mère était Flamand il était marié avec une "Voissin",
il était "brassier" les Hollandais sont très vaillants, ils travaillaient partout, ce sont des hommes d'affaire.



Je suis arrivée à Mirmande en 1954, quand mon mari a pris sa retraite.
Il a travaillé chez peujeot, et chez Bugatti. Nous avons cherché dans le Médoc,
(il était du côté de Besançon), mais nous n'avons pas trouvé, alors Mr Cardet,
qui était un ami de la famille nous parlait souvent d'un village perdu où il y avait des peintres, des sculpteurs, des maisons,
on a dit on va aller voir, on nous sommes venus à Mirmande,
il y avait quelques peintres très impétueux souvent, il y avait Marcelle Rivier
(voir Galerie Sapet) la voisine, elle était l'élève d'André Lhote, elle a eu une période noire,
elle peignait beaucoup d'hommes de couleur, c'était pas mal, j'aime moins ce qu'elle a fait après.
Mirmande était un village très vivant, il y avait des fermiers, sous le regne de Mr Caillet,
il a bien dirigé les affaires, à cette époque les fermiers avaient besoin d'argent liquide,
alors toutes les filles travaillaient vers Chavanos la filature de Saulces, ils employaient au moins 500 personnes,
ça a fait la fortune des fermiers qui avaient besoin d'argent comptant
pour attendre les fruits et j'ai vu toutes les filles qui partaient à pieds, et revenaient à pieds,
plus tard elles sont partie à bicyclette, puis en vélo solex, elles sont revenu en solex,
après elles sont partie en voiture et elles sont revenu en voiture. Maintenant elles sont toutes à la retraite,
j'aimais beaucoup les jeunes filles de Mirmande, je les ai fait chanter, elles chantaient très bien.
Il y avait de très bonnes chanteuses. J'ai chanté beaucoup, mes parents m'ont payé des leçons de piano,
mon père adorait la musique, maman aussi.
J'ai une cousine qui était actrice, j'aurais aimé faire du théâtre, mais j'ai commencé à travailler;
maman a voulu que j'apprenne le secrétariat et j'ai commencé à travailler comme secrétaire Anglais et Espagnol,
j'avais à l'époque 17 ans et demi et puis je voulais partir à Paris.
Je trouvais qu'à Paris on avait plus de chance, maman ne voulais pas mais papa était plus moderne et j'y suis allée.
J'ai travaillé à Paris six mois, maman est tombée malade et je suis revenue mais en posant mes conditions,
je veux bien revenir mais je veux aller au conservatoire. J'y suis allé 3 ans et j'ai mon prix et ma médaille de solfège.
Mais j'ai toujours gardé un métier alimentaire parce que lorsque j'étais embauchée pour jouer,
on était très bien payé comme intermittent mais entre, rien, on devait travailler à côté.

Ah oui, mon arrivée à Mirmande, on a vu un notaire, le prix de la maison était dérisoire, on s'est dit comment ça se fait ?
Le notaire nous a voituré jusqu'ici, mais en arrivant notre clé n'ouvrait pas,
on a appris qu'il y avait des squatters, des gens qui travaillaient au canal,
nous sommes quand même restés avec eux pendant 7 ans, il étaient dans deux pièces,
nous sommes restés deux mois dans une pièce avec nos meubles, quand ils se battaient on les entendaient,
les murs ne sont pas bien épais, ils buvaient énormément.
Heureusement mon mari était très calme et n'a jamais élevé la voix contre eux,
un jour l'un d'eux a été mordu par leur chien, ce chien s'appelait mouton, mais pas si mouton que ça,
il en a mordu un. On ne les fréquentait pas, ils rentraient très tard et ils faisaient du bruit.
Quand le canal fut terminé nous leur avons donné 7000 francs pour qu'ils partent. Ils nous ont rendu la clé et la serrure car ils avaient démonté la serrure.
Quand je suis arrivée à Mirmande mon mari était à la retraite ,
de chez Bugatti, mon mari était ingénieur et coureur automobile chez Bugatti.

Mon mari a gagné Indianapolis avec une Peugeot, en 1913, il courait depuis 1906.
il a eu le record du monde de l'heure à 171 a l'heure avec des pointes de 220 avec je crois la n°16,
il a gagné le grand prix d'Espagne, beaucoup de choses.
Quand on est arrivé à Mirmande on avait la Bugatti de 1932, elle est au musée de Mulhouse.
Mon mari l'a vendue, quand il faisait une bêtise il ne me la disait qu'après.
Ca a fait la curiosité de tous les enfants du village,
même des Américains qui sont venus avec des voitures de collection voir la Bugatti.
Moi j'allais chez le coiffeur à Loriol à pieds sur la vielle route il n'y a pas si longtemps,
j'y suis allée en bicyclette mais je me suis cassée la figure et me suis cassée le poignet,
mon mari est parti en1965 je suis seule depuis 65. il aimait jardiner, on a eu 54 pieds de tomates,
on devenait tomates, on a eu des haricots verts, on devenait haricots verts, il fallait toujours tout finir.
On dit que les vieux sont "chiants" vous allez voir que l'euthanasie ça va marcher,
on en parle déjà pas mal, tout ça parce qu'on est là, on trouve les vieux pénibles.
Moi j'aime bien la musique, Handel, Mozart, j'ai fait beaucoup de piano,
j'aime bien le quatuor de Mirmande, je suis allée les écouter, mais il faut que l'on m'y emmène maintenant.
On avait une épicière qui s'appelait Madame Bon, une épicière remarquable,
elle officiait dans une petite pièce et elle avait de tout, c'était la providence de Mirmande,
ils ont célébré leurs 60 ans de mariage, ils sont épatants. Marcelle Rivier (voir Galerie Sapet) était ma voisine,
après la mort de mon mari elle m'invitait à boire un coup, on buvait le pastis,
Elle était originale, courageuse, elle peignait alors qu'il n'y avait pas de feu chez elle au début,
c'était une vraie artiste, elle était bohème.
Moi je me plaint qu'il n'y a pas de bruit à Mirmande, on se plaint des jeunes les gens ne les supportent pas,
mais au moins le village est vivant avec eux, du temps où je trottait j'aimais bien aller dans le village,
j'allais chanter beaucoup à l'église avec les jeunes filles, les vraies jeunes filles,
à l'époque il y avait beaucoup de frottement entre les catholiques et protestants
et on avait ici une huguenote dans toute sa splendeur, il y a eu un temple avant dans une maison en haut de Mirmande.
Les filles ne se fréquentaient pas . Maintenant il y a un grand mouvement pour les Bouddhistes, ce n'est plus pareil.
Maintenant les gens divorcent plusieurs fois, c'est pas que chez nous, tous ces morts que l'on a pas réclamés c'est pas normal,
moi je pense qu'avant au moins on s'occupait de nos parents.
On gardait ses vieux, on soignait sa mère et dans toutes les familles c'était pareil, on ne les mettait pas en maison de retraite. .
Madame Charroin est très bonne, elle me portait des fruits en pleine chaleur .
Bon je suis couverte de photos, voila pour mes 100 ans, les photos de ma famille,
voila la photo quand j'étais jeune, comme on dit "comestible". Je suis bavarde et très vivante, dans ma vie je crois que Dieu ou n'importe qui m'a permis de vivre si longtemps et le hasard m'a fait rencontrer des gens .
je me suis trouvée à Paris pour un enterrement le 17 mars 1917 lorsqu'on est venu annoncer l'abdication du Tzar
et l'année suivante on a abattu le zeppelin qui survolait Paris, j'avais 14 ans et je l'ai vu.
ça m'a poursuivi toute ma vie. J'étais à Sulac sur mer pendant les vacances et les Allemands ont torpillé 3 bateaux
et le lendemain matin on a vu tous les rescapés réfugiés sortir de l'eau,
on a fait la quête pour ces bonhommes qui n'avaient plus de chemises avec Yvonne du Courroie qui était ma grande amie.
Je suis allée en 14 à l'identification des morts à l'ambulance, .enfin voila.
Tieno Goriou et Ludwik Leblanc